Accueil L'EXPATRIATION AU FEMININ, ET SI LES FEMMES AVAIENT DES BESOINS MI DIFFERENTS ?
24 novembre 2020

L’expatriation au féminin : Et si les femmes avaient des besoins MI différents ?

Des années que nous en rêvions. Organiser une réflexion avec des responsables mobilité internationale sur la parité en expatriation. Oh, soyons honnêtes, en plein Covid, le sujet n’a pas attiré les foules mais nous étions quand même une dizaine d’experts le vendredi 20 novembre pour réfléchir en ligne autour de cette question.

L’expatriation au féminin est-elle un enjeu RH ? Quels leviers pour la mobilité internationales ?

 

Avec en guest star Céline Massicard, responsable C&B et MI de l’Agence Française de Développement, la discussion a tout de suite quitté les clichés et touché des points innovants.

 

L’exemple de l’AFD. Une marche sereine vers la parité, même en expatriation. Avec sa voix douce, Céline Massicard balaie les uns après les autres les stéréotypes liés à la femme en expatriation. Avec 37% d’expatriés de sexe féminin, l’AFD avance tranquillement vers la parité. « L’aide au développement a longtemps été une affaire d’hommes, si bien que le haut de notre pyramide d’âge est encore assez masculin, de même que le plus haut niveau hiérarchique. Mais dans les jeunes générations, on risque presque la sur-féminisation. »

Alors, comment en vient-on à cette situation qui ferait pâlir d’envie bien des responsable diversité ?

« Cela se joue dès le recrutement explique Céline Massicard. La mobilité est au cœur de notre mission. Les personnes qui postulent chez nous ont déjà intégré cet enjeu. Et nous ne faisons aucune différence entre les hommes et les femmes au moment des affectations., même pour des pays difficiles voire dangereux. Le congé maternité en expatriation n’est pas un problème non plus. Ce cas se présente régulièrement. Nous le gérons sereinement. »

Prise de recul avec le baromètre de l’expatriation : les stéréotypes sont encore bien présents

Les autres participants s’interrogent. Chez eux, moins de 10% des expatriés sont des femmes. Mais les résultats du Baromètre de l’expatriation d’Expat Communication viennent montrer que le cas de l’Agence Française de développement reste exceptionnel. La plupart du temps, les femmes expatriées sont beaucoup moins nombreuses, plus jeunes et plus souvent célibataires que leurs homologues.

Plus diplômées encore, plus impliquées dans leur travail, elles ont plus souvent refusé une proposition de mobilité. Et la raison principale : la carrière de leur conjoint (un motif quasi absent pour les hommes).

Autre enjeu pour les femmes expatriées : le stress. C’est leur principale difficulté professionnelle en expatriation, dans des proportions bien plus importantes que leurs homologues masculins. Et l’intégration de leur conjoint reste une préoccupation majeure tout au long de leur mobilité.

En quoi est-ce un enjeu ?

A ce stade de la réflexion, il est utile de se demander pourquoi il faudrait se préoccuper de cette question. Au-delà des enjeux de valeurs, rappelons simplement que les entreprises ont des objectifs de féminisation de leurs Comex. Que pour intégrer un Comex, il est préférable d’avoir une solide exposition internationale. Et donc pour pouvoir atteindre cet objectif, il faut qu’un nombre suffisant de femmes se portent volontaires pour une expatriation. Le sujet est donc majeur même si peu d’entreprises l’ont identifié comme prioritaire.

Et si c’était une question de culture et de tempo ?

La discussion a permis alors d’ancrer les chiffres dans des réalités pratiques. A la base de la question se trouve l’attrait (ou non) de certains métiers pour les femmes. Impossible d’atteindre un taux de féminisation de l’expatriation important si le taux de féminisation dans l’entreprise en général n’est pas équilibré. Et de plus faut-il que cette proportion se retrouve dans les métiers liés à l’expatriation dans l’entreprise. Si votre métier-phare en expatriation (mettons par exemple directeur de magasin, ou bien chef de projet industriel) est très masculin, alors l’enjeu consiste d’abord à féminiser l’image de ces métiers et cela n’est pas dans les mains des responsables MI.

Mais, l’exemple de l’AFD fait ressortir en creux d’autres enjeux.

A l’Agence Française de Développement, la mobilité est au cœur de la mission. Les process sont très normés, accompagnés et anticipés. Un cadre rassurant pour des femmes qui cumulent comme ailleurs une large part des responsabilités familiales avec leurs responsabilités professionnelles.

Une autre participante a alors noté que ce cadre se situe à l’inverse des pratiques de « staffing » précipité liées au business model des entreprises répondant à des appels d’offres. Dans ces situations, les couples sont souvent amenés à se séparer pour quelques mois le temps que la famille puisse s’organiser. Les conjoints se spécialisent progressivement dans un rôle d’accompagnateur. Or les femmes sont peu enclines à entraîner leur conjoint dans cette répartition des rôles très tranchée. Car les études le montrent bien, les femmes sont prêtes à s’expatrier, mais pas au détriment de la carrière de leur conjoint.

Des pistes pour avancer Parmi les nombreuses idées qui ont jailli, gardons en trois : 

  • Tout d’abord l’importance de disposer d’indicateurs précis sur ce sujet. Avec le Baromètre de l’expatriation ou un autre support, mais en tout cas, sans data, pas de constat.
  • Ensuite apparaît le levier « organisation de la mobilité internationale ». Comme le soulignait une participante avec une longue expérience en MI, « Les demandes des femmes et des hommes ne sont pas les mêmes. Les hommes commencent par se renseigner sur la mission et les conditions. Les femmes n’écoutent qu’une fois qu’elles sont rassurées sur la sécurité et le bien-être du conjoint et des enfants ». Pour attirer les femmes, la mobilité doit donc être cadrée, anticipée et accompagnée.
  • Enfin, la question de l’accompagnement du conjoint demeure au cœur du dispositif. Aussi bien pour le rassurer sur ce qui est possible, que pour l’accompagner dans la réorientation de sa carrière et dans la mise en œuvre du projet. Un sujet au cœur de l’engagement d’Expat Communication.

En conclusion, le groupe s’est interrogé sur l’impact de la crise sanitaire sur l’expatriation au féminin. Si les effets demeurent encore largement incertains, il semble déjà que le télétravail agisse plutôt favorablement en facilitant l’équilibre perso/pro des collaboratrices et surtout en ouvrant des possibilités aux conjoints pour poursuivre ses activités antérieures.

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  Alix Carnot

Directrice associée d’Expat Communication depuis 2017, Alix a été expatriée dans 4 pays avec sa famille en menant une carrière en outplacement puis talent development. Elle est également l'auteur  de Chéri(e) on s'expatrie, guide de survie à l'usage des couples aventuriés.

 

 

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